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TRIBUNE – Pour une « culture commune de la protection » dans les établissements scolaires 

Considérer et écouter chaque enfant, un acte fondamental de prévention et de détection des violences sexuelles, qui touchent un-e enfant toutes les trois minutes en France.

La coalition d’associations et de syndicats sur la loi intégrale et la coalition parlementaire appuient dans la proposition de loi un article 30, reprenant en des termes différents une des recommandations de la Ciivise : la mise en place, pour chaque enfant, d’un entretien individuel annuel obligatoire “d’évaluation du bien-être de l’enfant et de dépistage des violences”  que l’écriture dans la ppl 3106 du 11 Août 2026 a traduit en entretien   “ visant à évaluer sa santé psychique et physique et à prévenir et dépister toute forme de violence, mené par les personnels de l’éducation nationale.”

Après une semaine d’audition de professionnel-les, représentant-es d’associations ou de syndicats, représentant-es de l’Etat, par la commission spéciale sur la loi intégrale, il apparaît que l’éducation nationale se refuse à mettre en place cet entretien, en objectant son coût et le manque de personnels formés.

Ce que nous demandons est pourtant simple : que chaque enfant, une fois par an, soit écouté par un adulte formé. Depuis un mois, l’Éducation nationale a répondu trois fois et trois fois à côté. 

Première réponse : le coût. Le ministre de l’Éducation nationale Edouard Geffray annonce que mettre en place un entretien annuel pour évaluer le bien-être des enfants et le dépistage des violences coûterait 7500 équivalent temps plein pour un entretien annuel d’une demi-heure. En chiffrant, le ministre a voulu créer un sentiment d’infaisabilité de la mise en place de cet entretien qui, comme tous les dispositifs permettant la prévention et la protection des enfants, doivent être appuyés par des moyens et des formations afin que des personnels qualifiés puissent intervenir auprès des élèves. Et ceux-là doivent être effectivement financés et programmés dès maintenant, les enfants ne doivent plus attendre. 

Deuxième réponse : le “vivier”. Il n’y aurait pas assez de professionnel-les formé-es, et pas de recrutement possible à court terme. Mais qu’en est-il de la formation des personnels existants ? Depuis le 1er Janvier 2022, l’article L. 542-1 du code de l’éducation impose une formation initiale et continue sur la protection de l’enfance en danger avec “ un module pluridisciplinaire relatif aux infractions sexuelles à l’encontre des mineurs et leurs effets” pour plusieurs professionnels dont les enseignant-es.

La formation des personnels aux violences sexuelles faites aux enfants devrait donc être effective pour les personnels de l’éducation. Elle ne l’est clairement pas. 

Les enfants doivent cesser d’en payer le prix. L’Education Nationale doit se plier à l’obligation de former ses personnels : faire le point des personnels formés dans les établissements sur le second trimestre de l’année scolaire 2026-2027 et organiser des formations dès le troisième trimestre 2026-2027. Dès la rentrée 2027, tous les personnels en formation initiale devront être formés à cet entretien. Un premier bilan de sa mise en œuvre devrait être fait par retour aux directions départementales ou académiques pour la fin de l’année scolaire 2027-2028.

Troisième réponse : le questionnaire. La coalition féminste et enfantiste a fait des propositions : elle a rencontré le ministère de l’éducation nationale pendant l’été, avec des modalités précises de mise en place de l’entretien. À la rentrée, le ministère a annoncé un questionnaire sur les violences sexuelles, dont il n’avait jamais été question auparavant. Notre revendication ne peut pas être transformée en pis-aller : remplir un questionnaire n’est pas être écouté-e par un-e adulte.

Nous réaffirmons l’importance fondamentale du caractère obligatoire de l’entretien.

Un questionnaire au lieu d’une écoute, une information au lieu d’un entretien : une telle réponse ne peut être à la hauteur de l’enjeu de protection des enfants, et le manque de moyens ne peut être invoqué pour justifier l’absence de protection. La protection des enfants ne peut être une variable d’ajustement budgétaire. 

Les associations de la coalition féministe et enfantiste ainsi que plusieurs parlementaires appellent à un changement profond de culture. Il ne s’agit pas simplement d’ajouter un dispositif supplémentaire dans les établissements scolaires, mais de faire de l’écoute, du repérage et de la protection des enfants une responsabilité collective.

Nous devons créer des lieux de référence pour que la parole des enfants puisse se libérer et l’école au sens large du terme doit en être un des piliers essentiels. Les enfants doivent identifier, notamment par cet entretien,  la possibilité de parler en son sein des violences qu’elles-ils subiraient, dans ou hors de l’école. Cet entretien doit se faire sans la famille pour ne pas gêner la potentielle révélation de violences : l’immense majorité des violences sexuelles sont commises par un proche, le plus souvent au sein de la famille. La légitimation de l’école comme lieu sûr serait dès lors et notamment possible par le fait que tous les personnels puissent en être investi-es, comme sur la question de l’EVARS. 

Il nous apparaît essentiel que la mise en place de l’entretien annuel soit faite au sein des établissements dans lesquels se situent majoritairement les mineur-es : dans l’éducation Nationale, sans oublier l’enseignement agricole, les CFA, les établissements privés sous et hors contrat, les IME, les ITEP, les ESMS, les quartiers pour mineurs, les hôpitaux, et les mineur-es qui ne sont pas scolarisés de façon linéaire dans une  structure scolaire classique.

Eu égard au caractère systémique des violences envers les enfants, il est nécessaire qu’une multiplicité d’adultes de confiance soient identifiés par les élèves. Les équipes mettant en place les entretiens doivent donc être multicatégorielles ce qui permettrait aux enfants de repérer les adultes pouvant être des adultes ressources à tout moment de leur scolarité d’une part , et d’autre part créer dans les établissements une “culture de la protection” par l’appropriation collective des actions de prévention et de détection.

Nous voulons un entretien annuel obligatoire pour chaque enfant. C’est une mesure fondamentale de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants et de prévention. Nous insistons sur le fait que l’entretien devra êtremené par des professionnels formés au repérage des violences faites aux enfants.

Sans moyens, l’article 30 ne serait plus qu’une promesse de plus.

Le 30 Septembre 2026